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A4 Architecture + Design | Gatineau

De l'inspiration à la réalisation

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Urbanisme

19 juin 2024 by

PRÉSENTATION DU PROJET

Dans un contexte de crise de logement particulièrement sévère en Outaouais, les débats sur des stratégies concrètes susceptibles d’accroître l’offre de logements se multiplient en plaçant l’étalement urbain en tête des préoccupations de l’heure. Alors que la région d’Ottawa-Gatineau enregistre de loin la plus forte expansion au cours des vingt dernières années parmi les principales régions métropolitaines du Canada, les nouvelles zones urbanisées ont engendré une baisse de densité de population sans précédent. Celle-ci s’explique par les pratiques d’aménagement du territoire favorisant le développement résidentiel de faible densité dans les périphéries des centres urbains .

Alors qu’il devient de plus en plus difficile de trouver un logement à louer, notamment au centre-ville de Gatineau, le taux d’inoccupation des bureaux est quant à lui monté en flèche ces dernières années. Selon l’Étude sur l’attractivité et la diversification économique du centre-ville de Gatineau publiée par l’Observatoire de développement de l’Outaouais (ODO) en décembre 2023, le centre-ville historique de Gatineau a enregistré une chute de 76 % de ses travailleurs affiliés à l’administration publique entre 2016 et 2021. Cette situation commune aux centres urbains canadiens a un impact particulièrement important à Gatineau où l’attractivité du centre-ville est majoritairement tributaire de la dynamique des fonctionnaires. Malgré les dispositifs mis en œuvre par les pouvoirs publics ces dernières années pour pallier la dévitalisation du centre-ville, les mesures entreprises ne semblent pas apporter des changements effectifs à la dégradation de la qualité de vie subie par les Gatinois. Cette tendance, bien qu’accentuée par la pandémie de la Covid-19, est soutenue en réalité par de multiples déterminants qui trouvent racine dans les différentes étapes de la planification urbaine contemporaine où chaque aménagement correspond à un usage, créant ainsi des fractures profondes au tissu urbain et des villes dotées d’une forme d’obsolescence programmée.

Cependant, le contexte de « crise » que vit le centre-ville de Gatineau doit être perçu comme une opportunité de développer de nouvelles approches de la fabrique urbaine. Face au dérèglement climatique et aux changements environnementaux sans précédent, il est urgent de remplacer le modèle existant par celui de la réparation urbaine. Parce que plus de la moitié des villes de 2050 font déjà partie du bâti existant de 2024, c’est aujourd’hui qu’il est impératif d’agir! Avec cette idée en tête, le Lab A4 s’est lancé à la recherche des ressources cachées du territoire du centre-ville pour esquisser le futur possible du renouveau urbain à Gatineau. Suivant la même logique qu’Affluents, nous considérons cette partie de la ville comme un territoire en devenir au potentiel immense pour nous engager dans une réelle intensification urbaine . L’idée de transformer les édifices de Portage I et II en un milieu de vie complet et intégré à travers la mutation des bureaux en logements se veut encore une fois un levier pour amorcer une transformation du centre-ville et une transition vers un modèle urbain durable et résilient.

« ÉQUINOXE évoque l’équilibre recherché entre l’ancien et le nouveau, entre la densité urbaine et la nature en ville, transformant les édifices de Portage I et II en véritables oasis de vie au cœur du centre-ville de Gatineau. »

Alors que la construction de la Place du Portage a engendré de profondes mutations dans le tissu urbain et social du centre-ville dans les années 1970, soit la démolition de 1500 logements et l’expropriation de près de 5 000 résidents , le projet ÉQUINOXE se présente alors comme une stratégie qui permettrait de restituer l’usage résidentiel dans cette partie du territoire. Il a également comme ambition de provoquer une prise de conscience sur le potentiel de transformation des immeubles de bureaux en logements, et s’inscrit pleinement dans la vision du gouvernement qui se dit prêt à se départir d’un grand nombre d’édifices de bureaux dans les années à venir . En écho aux idées de transformation des édifices de bureaux qui semblent germer dans la capitale fédérale , ÉQUINOXE se présente comme un projet précurseur dans ce nouveau prisme de la fabrique de la ville.

[1] Étalement urbain : une expansion de près de 50 % pour la région d’Ottawa-Gatineau, Radio-Canada 07/03/2022 www.ici.radio-canada.ca
[2] L’intensification urbaine est l’une des approches privilégiées des transformations urbaines contemporaines. Elle est considérée comme une réponse efficace au défi de la lutte contre l’étalement urbain, mais également à la revitalisation des centres-villes. Il s’agit de repérer et d’optimiser les espaces déjà urbanisés qui ont un fort potentiel au regard de leur proximité au centre-ville, aux équipements, aux espaces de nature et au transport (commun et actif). À l’échelle des bâtiments, la réhabilitation permet une économie de 35 % sur les émissions des matériaux de construction sur 50 ans par rapport au neuf, demande 17 fois moins de ressources que la démolition-reconstruction, puis génère 20 fois moins de déchets.
[3] Comités de citoyens et enjeux urbains à Hull (1980) https://id.erudit.org/iderudit/1035051ar  
[4] L’impatience grandit face aux bâtiments fédéraux inutilisés, Radio-Canada 11/01/2024 www.ici.radio-canada.ca  [1] Downtown Revitalization Task Force | November 2023 | EVOQ Strategies
[5] Downtown Revitalization Task Force | November 2023 | EVOQ Strategies

OBJECTIF

L’exercice de transformation des édifices Portage I et II en logements s’inscrit dans une vision écosystémique de développement urbain et cherche à démontrer la possibilité de faire la ville en tirant bénéfice du potentiel des espaces déjà urbanisés. Notre vision repose sur un parti pris architectural et paysager fort en mettant la nature au centre du processus conceptuel. L’objectif consiste à créer un espace de vie complet au cœur du centre-ville de Gatineau à travers un projet architectural qui s’intègre dans le tissu urbain existant et s’adapte aux exigences de la vie contemporaine. Le projet de paysage est à son tour réfléchi dans une perspective de complémentarité et de continuité fonctionnelle, à travers la création d’un nouveau poumon vert pensé comme un hub socioculturel et un relais local de biodiversité.

La Place du Portage qui s’érige sur le bord de la rivière des Outaouais faisant face à la capitale nationale, caractérise le paysage du centre-ville de Gatineau et témoigne des transformations profondes qu’a subi le tissu urbain hullois à partir des années 1970. Malgré l’emprise écrasante de ses tours, leur impact écologique ainsi que leur aspect peu attrayant, ces mégastructures de style brutaliste sont pourtant considérées aujourd’hui comme un legs que la ville de Gatineau peut ressusciter dans le cadre de sa stratégie de revitalisation du centre-ville historique. Alors que le projet de rénovation du complexe Portage III est en cours et porte la promesse d’une modernisation des espaces avec des lignes directrices d’écologisation, d’inclusion, d’accessibilité universelle et de mieux-être des travailleurs , aucune intervention n’est à ce jour envisagée pour les tours Portage I et II.

L’exercice de réhabilitation des édifices Portage I et II proposé par le Lab A4 prend appui sur une évaluation de leur potentiel de mutation au regard de leur position d’interface entre les quartiers résidentiels au nord et le quartier des affaires en cours de rénovation au sud. Cette évaluation repose sur une analyse contextuelle de l’environnement dans lequel ils s’insèrent en tenant compte des facteurs économiques, sociaux, urbanistiques et environnementaux. Cette démarche a pour objectif d’intégrer pleinement les enjeux du projet urbain dans le processus de réflexion.

[1] Renouvellement de Portage III, www.canada.ca  

ANALYSE CONTEXTUELLE

SCHÉMA DES MOBILITÉS URBAINES

Le schéma des mobilités urbaines met en lumière la position stratégique des édifices Portage I et II au cœur du centre-ville de Gatineau, offrant une connectivité exceptionnelle avec les principaux axes de transport de la région de la capitale nationale. Situées à proximité immédiate des carrefours de connexion des autobus réguliers de la Société de transport de l’Outaouais (STO) et de l’OC Transpo d’Ottawa d’une part, et des autobus du Rapibus d’autre part, ces tours bénéficient d’un accès direct et facile aux principaux modes de transport en commun. De plus, la proximité du tracé du futur tramway qui, à terme, reliera Gatineau à Ottawa renforce davantage cette position stratégique au cœur du réseau régional de transport urbain.

La forte connexion avec les sentiers piétonniers et le réseau cyclable favorise le recours aux modes de transport actifs. Cette position contribue fortement à la création d’un environnement durable et au rehaussement de la qualité de vie urbaine. La transformation des tours de bureaux en logements dans ce contexte permettra de maximiser l’efficacité des infrastructures de transport existantes tout en revitalisant cette zone clé du centre-ville de Gatineau.

SERVICES DE PROXIMITÉ

L’analyse des services de proximité autour du complexe Portage permet de renforcer sa position stratégique dans le tissu urbain du centre-ville de Gatineau. À quelques minutes de marche se trouve une diversité d’équipements culturels emblématiques de la région constituant le Sentier culturel du centre historique (la ligne rouge). Les tours Portage I et II et leur espace public font partie intégrante de ce réseau du patrimoine de l’Outaouais qui participe au dynamisme du quartier durant la période estivale. Malgré son aspect patrimonial, le complexe Place du Portage a été conçu comme un espace socialement obsolète dont l’usage limité aux activités administratives l’empêche de participer à la vitalité du quartier. Cette fracture urbaine qui en découle affecte significativement la qualité de vie des habitants du quartier, mais aussi l’expérience des touristes.

La diversité des services disponibles dans un rayon de marche de 10 minutes, de concert avec le quartier Zibi qui se construit comme l’une des attractions touristiques majeures en devenir, représentent une autre opportunité exceptionnelle pour activer la mutation des tours et les intégrer pleinement à la vie urbaine du centre-ville de Gatineau. De plus, l’accès facilité par vélo à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) offre une connexion durable et écologique des édifices Portage I et II à l’un des plus importants centres éducatifs et de recherche de la région.

PHÉNOMÈNE D’ÎLOT DE CHALEUR

Il est connu que la Ville de Gatineau possède l’un des centres-villes les plus gris du Québec et la cartographie du phénomène d’îlot de chaleur le confirme bien. Cartographier ce phénomène d’îlot de chaleur sur un territoire est indispensable pour cibler les enjeux et les besoins d’atténuer localement la surchauffe.

Les édifices Portage I et II se trouvent au cœur d’un tissu urbain très artificialisé et caractérisé par une forte densité bâtie. À travers son aspect très minéralisé, les déplacements motorisés générés par les fonctionnaires et l’énergie consommée pour faire fonctionner l’intérieur des édifices, le complexe Portage tend à exacerber l’effet d’îlot de chaleur dans cette partie du centre-ville, affectant considérablement la qualité de vie des quartiers environnants.

Face à cette situation, il est primordial que la réhabilitation des édifices Portage I et II repose sur une vision paysagère cohérente du territoire. La transformation des bureaux en logements doit intégrer des approches de verdissement efficaces et durables qui seront en mesure de contribuer significativement à l’amélioration du climat local et à la résilience du centre-ville face aux changements climatiques.

PROCESSUS CONCEPTUEL

SOUSTRACTION

Nous proposons deux principales opérations de soustraction dans les masses des édifices. L’enjeu d’éclairage et d’ensoleillement étant plus élevé dans Portage II qui dispose d’une plus grande profondeur, la soustraction d’un volume sur toute la hauteur du bâtiment au sud crée une grande faille sur la façade qui joue le rôle de puits de lumière. Dans le même esprit, des soustractions longitudinales le long des façades permettent la création de balcons filants et l’ajout d’une double-peau vitrée en retrait de la façade massive en béton. Ces gestes requalifient des espaces intérieurs en apportant un gain considérable de luminosité tout en créant de nouvelles ouvertures et perspectives vers l’extérieur. Les dimensions des volumes soustraits sont déterminées à la fois par la trame structurale du bâtiment qui a été mise à nu dans la faille, puis par les différentes modélisations d’ensoleillement à l’intérieur des futurs logements.

Quant à elle, l’entité volumétrique de l’édifice Portage I a subi une transformation plus subtile de ses façades. Les soustractions alternées sur deux niveaux aux quatre coins du bâtiment ont pour objectif de créer de nouveaux espaces de vie communautaires et biodiversifiés tout en augmentant l’apport en lumière naturelle à l’intérieur des logements.

SURÉLÉVATION

Les terrasses des deux édifices sont considérées comme un foncier aérien et une opportunité pour requalifier et densifier le centre-ville. La différence de gabarit entre les deux tours a orienté le choix de surélévation sur Portage II, car celle-ci est moins élancée et offre une plus grande surface de plancher. Deux typologies de surélévation sont proposées : la première sur le boulevard de Maisonneuve consistera en un ajout de modules transparents qui surplomberont l’édifice tout en légèreté et transparence; la seconde surélévation orientée vers la Maison du citoyen, quant à elle, permettra la création de nouveaux logements sur 5 étages et sera construite en matériaux biosourcés avec un large usage de bois en ayant recours à la construction modulaire. Par ce geste, il est question de créer un geste architectural notable et remarquable dans le paysage brutaliste de la Place du Portage.

VÉGÉTALISATION

Afin de rendre le centre-ville de Gatineau inspirant à travers son architecture et sa vie urbaine, nous nous sommes inspirés des prouesses techniques et esthétiques qui font la réputation d’autres immeubles de grande hauteur à travers le monde (à l’instar de Bosco Verticale de Milan qui se distingue parmi les tours symboliques des 50 dernières années). Ainsi, la végétalisation des édifices Portage I et II repose sur une approche intégrée combinant des interventions verticales et horizontales afin de maximiser les bénéfices écosystémiques de la nature. L’édifice Portage I sera doté d’une toiture végétalisée accessible, et qui accueillera deux serres destinées à l’agriculture urbaine. Les larges balcons végétalisés serviront d’extension des nouveaux logements vers l’extérieur tout en dynamisant les façades monotones du bâtiment.

La forme monolithique de Portage I gardera son aspect sobre et simpliste. Quelques terrasses viendront tout de même se nicher en alternance sur les quatre côtés, créant ainsi de nouveaux espaces de socialisation et de vie communautaire tout en offrant des panoramas exceptionnels sur la région de la capitale nationale. Ces espaces verdoyants joueront un rôle stratégique dans le renforcement du rôle de cette tour comme repère dans le paysage urbain du centre-ville.

Enfin, l’objectif de l’ensemble de ces interventions est d’amener une respiration dans le quartier et un nouveau relais de biodiversité, tout en apportant une solution efficace au phénomène d’îlot de chaleur urbain. En plus d’agir sur l’esthétique et l’efficacité énergétique des édifices, ces solutions de verdissement sont également plébiscitées pour leur performance en matière de gestion des eaux de pluie en réduisant le ruissellement et en facilitant l’infiltration naturelle.

PROGRAMME

Un programme riche et ambitieux soutient l’idée de réhabilitation des édifices Portage I et II. L’ossature existante des deux bâtiments étant propice à la réversibilité des bureaux grâce aux larges dimensions de la trame structurale de béton, les nouveaux espaces résidentiels et les différents services intégrés proposés profitent de la robustesse de la structure existante qui offre une flexibilité de conception en adéquation avec le mode de vie contemporain.

Les logements offriront une large gamme de typologies afin de répondre aux besoins diversifiés et de mixité résidentielle. En effet, les grandes surfaces de planchers ainsi que la présence de larges ouvertures vers l’extérieur nous ont permis de penser des espaces de vie contemporains et dans le respect des normes de construction et d’accessibilité universelle. Ainsi, l’édifice de Portage I accueillera des logements plus modestes et abordables, tandis que Portage II offrira des unités haut de gamme.

Les espaces communs pour les résidents seront aménagés dans les interstices des niveaux intermédiaires dans les deux édifices, ainsi que sur la terrasse de Portage II. La diversité des typologies de ces espaces communs (intérieurs et extérieurs) permettra leur utilisation en toute saison, favorisant ainsi les dynamiques sociales et nourrissant le sens de communauté entre les résidents.

Les stationnements en structure existants ainsi que les équipements tels que les ascenseurs seront conservés et remis aux normes. Cette conservation réduira les coûts de réhabilitation tout en offrant une accessibilité améliorée et sécuritaire aux usagers.

Les espaces publics des deux premiers niveaux des édifices accueilleront un niveau de galeries commerciales ainsi qu’une large gamme de services intégrés, destinés à la fois aux résidents et aux habitants du centre-ville. L’objectif est de créer un véritable hub communautaire pour les différents quartiers en donnant l’accès à des commerces de proximité, des espaces de travail partagés ou encore des ateliers de bricolage. Cette diversité des services revitalisera l’ensemble du quartier en introduisant de nouveaux tiers lieux dans la ville : des espaces polyvalents qui encouragent l’interaction sociale, la créativité culturelle et l’innovation, renforçant ainsi l’intégration urbaine du projet et le dynamisme local.

CONCEPTION

PLAN D’ÉTAGE TYPE – PORTAGE I

L’édifice de 22 étages comprend 184 logements abordables et répondant aux standards d’accessibilité universelle. Cette transformation tient d’abord compte de la trame structurale du bâtiment. Ainsi, les larges colonnes de béton ont dicté le compartimentage des différents niveaux tout en permettant la création d’espaces de circulation verticale et horizontale conformément aux exigences du code du bâtiment en termes de sécurité incendie. La profondeur ainsi que l’enveloppe de l’édifice sont favorables pour assurer l’apport optimal de lumière naturelle à travers de larges baies vitrées. Cette caractéristique améliore à la fois le confort des locataires et assure une meilleure efficacité énergétique du bâtiment en réduisant le besoin d’éclairage artificiel durant la journée.

Les différentes unités sont conçues dans une logique de répétition facilitant ainsi le processus de construction et minimisant les coûts d’exécution. Selon les nouveaux besoins de circulation, une partie des ascenseurs a été enlevée afin de dégager des espaces de rangement à chaque étage, conférant ainsi une valeur pratique aux logements. À cela s’ajoutent les aires d’agrément directement accessibles depuis les couloirs de circulation, favorisant d’une part l’esprit communautaire et augmentant d’autre part la qualité de vie des résidents.

PLAN D’ÉTAGE TYPE – PORTAGE II

La priorité dans la transformation de l’édifice Portage II réside dans l’optimisation de son enveloppe plus massive afin de créer des milieux de vie intérieurs habitables. Pour ce faire, une partie a été enlevée dans le respect de la structure existante pour créer un puits de lumière sous forme d’atrium géant. La création d’une double peau sur tous les côtés de la tour a permis à la fois de réduire la profondeur des logements tout en créant de larges balcons filants. Cette double transformation s’appuie sur les principes d’architecture bioclimatique : l’atrium orienté plein sud maximise l’apport de lumière naturelle tout au long de la journée, aussi bien à l’intérieur des logements qu’au niveau des aires d’agrément de chaque étage. Les balcons filants permettent à leur tour un apport optimal en lumière naturelle à travers les larges baies vitrées, puis agissent comme un espace tampon entre l’intérieur et l’extérieur. Ceci assure ainsi une meilleure isolation thermique et un confort acoustique particulièrement recherché dans les centres urbains.

Dans cette nouvelle enveloppe sont aménagés 95 logements qui répondent au standard haut de gamme par leur grande superficie qui leur confère un niveau élevé de confort et d’intimité. Néanmoins, dans le même esprit que la transformation de Portage I, les logements sont conçus dans une perspective d’économie des coûts de construction et d’accessibilité universelle, tout en intégrant des supports de vie sociale et communautaire au niveau de chaque étage sous forme d’espaces communs aménagés.

RESTRUCTURATION ET REQUALIFICATION DU PARC PORTAGE

La requalification paysagère du parc Portage vise à promouvoir sa situation exceptionnelle au centre-ville de Gatineau. L’idée de sa requalification consiste à raviver son rayonnement à l’échelle du quartier et au-delà, à travers les concepts de verdissement et de polyvalence.

La végétalisation de cette place publique dépasse notre engagement écologique. Nous tentons ici de mettre en œuvre une réelle reconnexion des citoyens avec la nature, mais aussi avec la culture et la vie sociale. Partie intégrante du Sentier culturel du centre-ville historique, cette place publique se connecte au Quartier-du-Musée par une faille culturelle au nord. Elle se présente sous forme d’espace libre et sans obstacles, proposant une multitude d’usages et de configurations pour les circuits historiques (expositions temporaires, par exemple), mais aussi pour les résidents du quartier. Cet espace se prolonge et se complète par le Ciné-urbain niché dans une structure en bois dont l’emplacement rend possible une réciprocité d’usages avec la Maison du citoyen en face.

Au centre, des espaces de rencontre sous des structures légères en bois peuvent être utilisés à tout moment durant les journées chaudes. Les étendues d’escaliers sont pensées comme des marches habitées par l’aménagement de nouveaux espaces de nature, mais aussi comme des espaces de rencontre et de rassemblement en gradins. La désimperméabilisation de larges surfaces des marches offrira une meilleure gestion des eaux de pluie et favorisera l’infiltration naturelle.

L’aménagement de la place publique se termine au sud avec un point d’eau et les voiliers multicolores emblématiques du bassin actuel, ceci dans le respect de l’esprit du lieu. L’ancien bassin aux dimensions démesurées laisse place à une lame d’eau qui crée un effet miroir et qui inclut des jets dynamiques et un bassin biologique. Ces jets rendront les enfants fort heureux et seront en mesure d’atteindre différentes hauteurs pour produire des effets scéniques pouvant fonctionner simultanément ou séparément selon les besoins de l’usage. Cet espace sera également équipé de projecteurs au sol pour la création d’ambiances nocturnes exceptionnelles.

Enfin, la requalification du parc Portage vise la création d’un espace inclusif et fonctionnel, intégré au réseau des circulations douces et favorisant l’accessibilité universelle. L’usage de pavés perméables, l’augmentation de la canopée urbaine par la plantation de nouveaux arbres et l’utilisation de matériaux biosourcés pour le mobilier urbain viendront compléter le paysage de cette nouvelle place publique inclusive et résiliente.

Conclusion

Le patrimoine des Trente Glorieuses (années 1945 à 1975) du centre-ville de Gatineau, tout comme dans la majorité des villes des pays développés, arrive en fin de vie et sa transformation est un enjeu architectural, urbain et environnemental. Les projets de réhabilitation des édifices de bureaux en logements se présentent aujourd’hui comme une réponse novatrice aux évolutions des sociétés contemporaines répondant à plusieurs défis urbains. Cette tendance est soutenue par différents facteurs tels que l’obsolescence programmatique et énergétique des bâtiments de bureaux, le besoin en logements et particulièrement en logements abordables, puis la prise de conscience de la nécessité de préserver les structures de béton existantes afin de réduire l’énergie grise investie dans le secteur de la construction. Puisque les grandes villes cumulent de plus en plus d’espaces de bureaux vacants, le Lab A4 s’est inspiré des meilleures pratiques et a mis à contribution ses forces et son engagement dans la création de milieux de vie durables pour donner vie à ÉQUINOXE au plein cœur du centre-ville de Gatineau.

Alors que la rénovation de Portage III est en cours dans une perspective de conservation de l’activité originelle des édifices de bureaux, ÉQUINOXE illustre la possibilité d’engager une transformation plus en profondeur et intégrée des édifices Portage I et II. Cette transformation, qui tient compte en premier lieu des paramètres financiers et économiques à travers les différentes mesures de conservation (structure, enveloppe, circulations verticales, aires de stationnement, etc.), repose sur une stratégie urbaine et architecturale forte. Elle permet à ce projet de contribuer d’une manière efficace à l’écosystème du centre-ville de Gatineau et de répondre adéquatement aux enjeux spécifiques de cette partie du territoire, notamment par la diversification de l’offre commerciale, l’intensification de la présence étudiante et l’inclusion des aînés en ville.

D’abord, sur le plan architectural, les 279 logements de différentes typologies s’adaptent parfaitement à la systématicité de la grille structurale et de la trame des façades. Les logements mono-orientés bénéficient d’un apport optimal en lumière naturelle et d’un grand niveau de confort tout en répondant aux exigences normatives d’accessibilité universelle. Néanmoins, cette offre de logements a été développée dans une logique d’expérimentation et demeure ouverte à un processus de programmation plus structuré et adapté aux réalités du terrain : comment aménager des unités familiales dans des tours à périmètre circonscrit? Cette nouvelle forme d’habitat répond-elle aux aspirations résidentielles des familles?

La redéfinition des façades d’origine à travers des transformations formelles et la végétalisation améliore à la fois la performance énergétique des bâtiments et crée des espaces de vie communautaires intégrés à chaque niveau. Cette transformation introduit également un caractère domestique aux bâtiments et contribue au changement de perception de ces structures monolithiques dans le tissu urbain en leur conférant une nouvelle expression.

La nouvelle densité urbaine proposée par le projet ÉQUINOXE se retrouve contrebalancée par la multitude d’espaces communautaires intégrés et le parc Portage qui conserve son caractère à échelle humaine. La rencontre des différents usages (résidentiel, commercial, récréatif et communautaire) confère au projet le potentiel de créer une synergie positive dans le tissu urbain du centre-ville. ÉQUINOXE aspire à la fois à la création d’un lieu d’habitation audacieux en harmonie avec son milieu d’insertion, et se veut évolutif et stimulateur de nouvelles manières pour cofabriquer la ville de demain.

5 mars 2024 by

Après plus de cinquante ans de déclin économique et démographique, le centre-ville de Gatineau, anciennement celui de Hull, peine à retrouver son blason de ville attractive, et cela malgré un engagement politique et citoyen très fort. Longtemps fragilisé par des opérations de restructuration massives, le territoire hullois reflète un modèle territorial qui se caractérise aujourd’hui par la division d’une unité foncière et le manque de cohérence spatiale. Le LabA4 de la firme A4 Architecture + Design veut partager sa vision sur les raisons majeures de ce déclin ainsi que sur les forces contraires qui freinent la revitalisation de ce centre-ville. Cette contribution tente à la fois d’enrichir le débat engagé depuis quelques années déjà sur la relance du centre-ville, et de faire écho à la récente étude publiée par l’Observatoire du Développement de l’Outaouais (ODO)1 qui propose des pistes d’action pour une dynamisation économique du centre historique. Dans ce qui suit, une stratégie d’action porteuse de changement sera discutée sur la base d’une approche systémique du territoire hullois. Un regard limité au volet économique, comme nous avons trop souvent l’habitude de faire, néglige les forces urbaines et humaines impératives qui influencent le développement d’une ville.

Le centre-ville de Gatineau, communément appelé l’Île de Hull, est un territoire complexe qui a donné lieu dernièrement à des débats houleux sur le devenir de ses espaces habitables, dénonçant la vacance commerciale et la désertion du centre-ville qui se voit mourir de jour en jour. Mais si ce phénomène reste le plus visible, il n’est en réalité que la conséquence de problèmes plus profonds qu’il importe de connaître afin de proposer des solutions réalistes et contextualisées. L’étude récemment publiée par l’ODO a en effet apporté des éclairages sur les différents dysfonctionnements qui sont à l’origine de la crise urbaine que vit le centre-ville depuis ces dernières décennies, et qui s’est considérablement accentuée à la suite de la pandémie de Covid-19. Les pistes proposées visent à promouvoir la transformation de l’écosystème économique du centre-ville de Gatineau2 dans le but d’accroître son attractivité. Cependant, cette étude se limite au noyau historique situé dans la partie sud de l’Île de Hull et correspondant au pôle multifonctionnel dominé par les fonctions administratives et les emplois gouvernementaux. Cette partie du territoire correspond à l’un des six secteurs identifiés par le PPU sur le territoire du centre-ville. Cette étude reflète-t-elle la volonté politique de prioriser les actions sur cette partie du territoire au détriment des autres secteurs du centre-ville? Est-ce une proposition afin de redéfinir le périmètre du centre-ville? S’agit-il d’une démarche viable pour déclencher une réelle transformation urbaine de l’Île de Hull et effectuer, enfin, un véritable changement de culture dans la façon de faire la ville? C’est ce que nous désirons aborder dans cet article.

Île de Hull : un territoire fragilisé

Depuis 2005, le Vieux-Hull et son pourtour immédiat sont reconnus comme le centre-ville de Gatineau, aujourd’hui quatrième ville en importance au Québec et métropole de l’Outaouais. Hull, c’est aussi le lieu d’une histoire de plus de deux siècles dont les marqueurs sont visibles à ce jour et témoignent du cachet industriel de la région. Aujourd’hui, il représente la polarité principale du modèle urbain polycentrique qui supporte le développement de la ville de Gatineau. À ces polarités s’ajoute celle de la capitale nationale avec qui la ville de Gatineau partage la frontière matérialisée par la rivière des Outaouais. Cette situation frontalière nécessite à elle seule une analyse approfondie de ce territoire, sous le prisme de la géographie des espaces frontaliers, pour rendre compte de l’impact de ce positionnement pour Hull. Mais il est important de souligner que ce centre urbain constitue un rare exemple de zone de contact entre cultures anglophone et francophone avec une frontière politique formelle tout en constituant un tissu urbain presque continu. Pendant des années, ce positionnement a permis à Hull de vivre une grande mouvance sociale, ajoutant à son cachet d’industrie de bois celui d’une industrie du divertissement qui lui a valu le surnom de Happy Town, puis celui de Petit Chicago.


Encerclée par l’eau, l’Île de Hull a su tirer profit de sa force pour assurer la prospérité des activités industrielles et des services pour l’intérêt public. C’est aussi sur les abords de l’eau que les premières mutations du tissu urbain hullois ont commencé dès le début du 20e siècle. En effet, en voulant faire disparaître tout ce qui pourrait témoigner de son passé de boires et déboires3, la ville de Hull avait adopté une stratégie d’invisibilisation qui visait à réduire l’attractivité sur les abords du Ruisseau de la Brasserie4. Cette stratégie a entraîné des répercussions considérables sur l’image et l’identité de la ville en démolissant un grand nombre de bâtiments industriels et en marquant la première phase des démolitions massives à Hull. La deuxième phase, engagée cette fois par le gouvernement fédéral et la CCN, fut encore plus brutale…

La désindustrialisation en lien avec la mise en marche du plan Gréber a déclenché un changement radical dans la structure économique de Hull, engendrant des mutations profondes dans son tissu urbain et social; démolition de 1 500 maisons et commerces (ce qui correspondait à 25 % de l’Île de Hull), expropriation de 5 000 résidents5, et modification à jamais de l’image du centre-ville en faisant ériger des tours de bureaux sur les abords de la rivière des Outaouais, créant ainsi une palissade entre Hull et Ottawa. Ce nouvel usage institutionnel apporte une nouvelle population qui se greffe au tissu social hullois et creuse ainsi encore plus l’écart entre la population locale et leur rapport au centre-ville. Au problème de la perte d’emploi s’ajoute celui du coût des logements qui ne cesse d’augmenter. C’est en 1967 que le premier comité de citoyens6 voit le jour, marquant officiellement le début de la lutte urbaine à Hull. C’est aussi à cette époque que le Vieux-Hull laisse place au toponyme de l’Île de Hull.

Cette fabrication de la ville par la « tabula rasa », la négation du contexte et du passé, en faveur de l’automobile a considérablement estompé la dimension humaine en faisant disparaître la rue, ses commerces et ses activités qui constituent les principaux attributs d’un centre-ville. Malgré les impacts dévastateurs du mouvement moderne connu pour son absence de valeurs et d’humanisme, il importe aujourd’hui de considérer le paysage qu’il a produit comme un legs à préserver. Hull se trouve alors confrontée à un double enjeu à l’égard de ce patrimoine moderne davantage meurtri par la pandémie de Covid-19 : la nécessité d’assumer cette fracture urbaine et de trouver une stratégie pour lui redonner vie.

Plusieurs initiatives dans ce sens ont été engagées ces dernières années avec comme objectif la relance du centre-ville. Cependant, tous les efforts consentis ne semblent pas être alignés avec les attentes des habitants locaux et des Gatinois qui ont fait récemment une « dure évaluation » de leur centre-ville7. La nouvelle étude de l’ODO tente de lever le voile sur les dysfonctionnements majeurs de ce territoire qui sont à la base de sa dévaluation. Toutefois, en mettant l’accent sur la dimension économique du centre historique, les pistes d’action proposées ne s’inscrivent pas dans une approche systémique du territoire hullois. Elles reflètent plutôt une logique de planification en silo qui se trouve en contradiction avec le paradigme de la résilience qu’il est aujourd’hui indispensable d’adopter dans nos façons de faire la ville.

Pourtant, l’impact sans précédent de la pandémie a permis de révéler la vulnérabilité systémique du noyau historique de l’Île de Hull. Cette forme de vulnérabilité est l’une des plus redoutables, et fait subir au centre-ville gatinois une situation de fragilité des plus inquiétantes au Canada. À la baisse drastique de mobilité des fonctionnaires, s’ajoute le manque de cohérence spatiale, fonctionnelle et organisationnelle. Cela a permis aussi de constater le degré de dépendance de ce territoire aux flux extérieurs, mais aussi le dysfonctionnement des autres secteurs du centre-ville qui n’arrivent toujours pas à pallier cette crise urbaine malgré leur grand potentiel à déclencher un changement significatif.

Construire la résilience territoriale par de nouvelles centralités

Le destin du centre-ville de Gatineau reste donc incertain, fortement dépendant du gouvernement fédéral qui détient 78 % des édifices sous-utilisés8 et tarde à s’exprimer clairement sur ses intentions. S’ajoute à cela l’absence d’une vision claire et systémique pour la relance du centre-ville dont les limites restent floues et incertaines, mais qui devrait être le moteur des transformations économiques, territoriales et de nos modes de vie.  Malgré tout, cette situation de veille se présente comme une opportunité pour dessiner une vraie stratégie de résilience territoriale. Dans cette perspective, il devient impératif de repenser la vitalité des périphéries du noyau historique dans le cadre d’une stratégie globale destinée à agir tous azimuts : commerce, habitat, foncier, transport…, mais aussi dépasser l’obsolescence du découpage administratif et actionner un changement extra-muros.

En effet, en se basant sur le découpage proposé par l’ODO dans son étude récemment publiée, il est possible de retrouver « enfin » le périmètre du Vieux-Hull d’antan. Néanmoins, ce dernier met l’accent sur la nécessité de développer une stratégie de diversification économique : une autre stratégie qui mise sur l’attrait des fonctionnaires et des étudiants plutôt que sur les habitants. Par conséquent, une telle approche exige d’adopter une vision plus large et d’enclencher des actions extra-muros afin d’établir un lien fort entre le cœur historique et sa périphérie immédiate, en y amenant une population permanente qui le ferait vivre et vibrer jour et nuit et en toute saison.

Établir un lien entre le Vieux-Hull et sa périphérie immédiate, c’est adopter une vision écosystémique suivant une approche intégrée de planification et de gestion de ce territoire. L’idée est donc de créer des synergies positives et durables entre le centre historique et ses abords afin d’assurer sa pérennité. L’impératif d’agir sur les abords immédiats s’explique également par la nécessité de préserver cette centralité urbaine des transformations destructrices dont elle a déjà été victime. Il est crucial que la revitalisation de cette partie du territoire ait comme trame de fond le génie du lieu (genius loci) afin de préserver son cachet culturel, historique et social qui permettrait l’émerveillement de sa population. Ce territoire ne peut être à la fois une centralité économique, administrative, patrimoniale, culturelle ou encore intellectuelle et technologique. Les interventions doivent être ciblées, calibrées et réparties sur un territoire plus large, en considérant la capacité de charge territoriale et les différents flux (économiques, sociaux, énergétiques, etc.) pour créer à la fois un centre-ville attrayant et identitaire.

La stratégie serait donc de créer de nouvelles polarités sociales (non pas seulement spatiales) en s’engageant dans une densification des secteurs périphériques au noyau historique, qui vont constituer à terme des centralités capables d’insuffler une nouvelle dynamique au Vieux-Hull. Les quartiers Zibi en construction ou encore Affluents (proposé par le Lab A4 et s’inscrivant dans le périmètre du centre-ville du PPU9 avec son approche écosystémique de développement), porteurs de renouveau dans le respect des réalités urbaines de ce territoire, représentent des jalons forts pour une redynamisation équilibrée du territoire hullois.

Cette approche doit aller de pair avec un développement des effectifs et des espaces universitaires qui seraient associés à l’UQO, reconnue comme un établissement d’excellence en Outaouais et dont l’emplacement actuel demeure très marginalisé dans le territoire du centre-ville. L’inscription de l’enseignement supérieur comme vecteur de l’aménagement du territoire permettrait en effet de créer une nouvelle dynamique urbaine durable en misant sur son pouvoir d’attraction. Le centre-ville de Gatineau doit alors amorcer une stratégie de rééquilibrage territorial en se servant de l’université comme locomotive urbaine. Dans cette veine, et dans le cadre d’une approche proactive, il est important de réfléchir sur un maillage territorial urbain sous le prisme de la consommation énergétique et les besoins en matière de déplacements pendulaires. Un réseau de mobilité robuste doit alors être réfléchi en amont et en adéquation avec une offre efficace de transport en commun et actif au-delà des limites du centre-ville. En effet, il est évident que le nouveau pôle de la Cité ou encore le futur centre hospitalier de Gatineau sont d’ores et déjà des centralités à inclure dans la réflexion sur la redynamisation du centre-ville en général et du développement du secteur universitaire en particulier. Il est crucial que la création de nouvelles zones de développement mixte dont l’épine dorsale serait la création de logements et la création de milieux de vie diversifiés et équilibrés représente le premier levier à actionner.  Nous pensons fermement que pour revitaliser le centre-ville de Gatineau, il faut réinventer son usage interne dans le respect de son identité, mais aussi l’usage de sa périphérie.

Enfin, proposer des pistes d’action pour une redynamisation territoriale dans le cadre d’une stratégie purement économique serait une manière de produire une ville dotée d’une obsolescence programmée. Il faut partir des réalités urbaines locales pour construire une stratégie d’action pérenne et intégratrice des quatre piliers du développement durable (économique, social, environnemental et culturel). Les discours des politiciens, des scientifiques, mais aussi des citoyens qui ne cessent d’alimenter le débat sur le devenir de ce territoire représentent aujourd’hui une prise de conscience de la grande fragilité du système urbain actuel. Quel outil réglementaire ou de planification doit être mis en place afin de guider les actions à prendre? Comment assurer l’adhésion à cette vision par les élus, les fonctionnaires, les citoyens et les acteurs du milieu?

C’est maintenant qu’il faut agir et s’engager dans un vrai virage en termes de planification, à l’aube de la révision des orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) par la province qui exigera une mise à niveau du Schéma d’aménagement de Gatineau. Ces OGAT devraient être publiées durant l’année 2024 et représentent donc une véritable opportunité que la Ville de Gatineau devrait saisir pour pousser les solutions et redéfinir les orientations de son Schéma d’aménagement et de son Plan stratégique municipal, le tout dans un contexte de nouvelles injonctions climatiques et de la dynamique de revalorisation du centre-ville et de sa périphérie.

Assia Bounaira, diplômée en architecture

Sophie Lamothe, architecte associée

1 Étude sur l’attractivité et la diversification économique du centre-ville de Gatineau https://uqo.ca/nouvelles/53580

2 Idem

3 Un siècle de boires et déboires : Hull aux prises avec son histoire et sa géographie (2023) https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2003-v47-n130-cgq717/007967ar/

4 Les impacts de la brasserie du ruisseau sur la destinée de Hull (2005) https://id.erudit.org/iderudit/11066ac

5 Comités de citoyens et enjeux urbains à Hull (1980) https://id.erudit.org/iderudit/1035051ar

6 Idem

7 https://www.ledroit.com/actualites/actualites-locales/gatineau/2024/01/22/les-gatinois-font-une-dure-evaluation-de-leur-centre-ville-revele-un-sondage-Q77B7NYX5JG47EYLXSAJHD63JQ/?fbclid=IwAR0sr3OBCfAPf1zat19oEpoJP-lXIHniFlASJ9p9sIf4vWInd8dSnDPgaUs

8 Étude sur l’attractivité et la diversification économique du centre-ville de Gatineau https://uqo.ca/nouvelles/53580

9 LabA4, Affluents https://a4architecture.ca/lab4/affluents-etape-2/



2 août 2022 by

À l’heure du développement durable des territoires, Affluents se positionne comme une opportunité pour inscrire le centre-ville de Gatineau dans cette mouvance. Pensée comme une stratégie de régénération urbaine, notre proposition esquisse les premiers traits d’un projet qui serait en mesure de rehausser la qualité de vie des quartiers centraux de Gatineau. Cet ambitieux projet s’articule autour des principaux vecteurs qui sont :

  1. Le développement économique intelligent et inclusif : L’offre en espaces de bureaux ainsi que la reconversion du site de la Fonderie en zone d’innovation Connexité permettra de stimuler la croissance économique de la ville de Gatineau.
  2. La connectivité et l’accessibilité : La trame viaire que propose Affluents ainsi que la nouvelle gare multimodale prévue à l’intersection des principales artères du site favoriseront à la fois les déplacements à pied, la connexion entre les différents secteurs de même que la réduction de l’impact environnemental des déplacements motorisés.
  3. La cohésion sociale et la sécurité : En se basant sur le profil sociodémographique de Gatineau et en tenant compte de l’augmentation de la population prévue dans le Programme particulier d’urbanisme (PPU), Affluents prône la création de nouveaux quartiers d’habitat intégré en incluant différentes typologies de logements pour toutes les strates de la population. Cela favorisera une mixité sociale de même qu’une mixité d’usages qui seront en mesure d’améliorer les relations interculturelles et intergénérationnelles. De nouveaux équipements tels que le centre sportif, la bibliothèque, le centre de santé, les nombreuses places publiques ainsi que le nouveau centre de police viendront consolider le sentiment de convivialité et de sécurité au centre-ville de Gatineau.
  4. L’éducation environnementale et la résilience : La vision portée par le projet Affluents intègre d’une manière effective le concept de résilience et de durabilité des territoires. Avant tout, cette stratégie urbaine vise à rompre avec le modèle classique d’urbanisation et d’artificialisation des sols. De plus, les différents aménagements paysagers (restauration écologique des berges, augmentation du couvert végétal dans les parcs et dans le cœur des îlots, puis suppression d’une partie de l’autoroute 50 au profit du nouveau parc urbain) seront des mesures tangibles contre les effets des changements climatiques. Enfin, le nouvel Institut d’écologie urbaine et ses jardins potagers viendront amorcer de nouvelles pratiques environnementales et initier la population aussi bien locale que régionale à l’agriculture urbaine.

Plusieurs idées proposées par Affluents convergent avec la vision politique et citoyenne de la ville de Gatineau, tandis que d’autres sont novatrices et ont pour objectif d’apporter de nouveaux éléments dans le débat public. Affluents n’est donc pas une finalité, mais bien un commencement. C’est à travers des réflexions communes (i.e. les échanges et les consultations publiques) que nous construirons la ville de demain et ferons émerger ce nouveau projet à Gatineau.


Analyse contextuelle

Une première analyse du tissu urbain du secteur concerné par le projet Affluents nous a permis de constater un déséquilibre des fonctions, puisque l’occupation dominante demeure le secteur résidentiel. À l’heure de la mixité sociale et fonctionnelle, cette configuration marquée par des constructions unifamiliales va à l’encontre du modèle d’un centre urbain durable. Une première analyse du tissu urbain du secteur concerné par le projet Affluents nous a permis de constater un déséquilibre des fonctions, puisque l’occupation dominante demeure le secteur résidentiel. À l’heure de la mixité sociale et fonctionnelle, cette configuration marquée par des constructions unifamiliales va à l’encontre du modèle d’un centre urbain durable.

Malgré une présence importante d’équipements communautaires, publics et institutionnels, le centre-ville de Gatineau souffre d’un manque de vitalité et de cohérence dans ses fonctions. Les zones commerciales et de service établies sur les axes routiers principaux demeurent en décalage avec les attentes des résidents locaux. Enfin, la zone industrielle enclavée entre le boulevard St-Joseph et le ruisseau de la Brasserie représente une réelle fragmentation socio-spatiale et socio-économique dans ce secteur.

Le rééquilibrage des fonctions et la revitalisation des secteurs stratégiques tels que l’aréna Guertin, la Fonderie ainsi que la zone industrielle représentent l’épine dorsale du projet Affluents.
Cette carte illustre le maillage viaire du secteur concerné par le projet Affluents. Ce dernier est bien irrigué par des voies urbaines où la place des véhicules motorisés demeure prédominante. La desserte par le transport en commun reste toutefois faible et se limite aux autobus et au Rapibus.

La section de l’autoroute 50, qui est l’un des axes principaux reliant ce secteur au réseau routier régional, contribue considérablement à la fragmentation du tissu urbain. Malgré une limitation à 70 km/h à l’approche de l’Île de Hull, cette mesure ne constitue pas en soi une option pour améliorer la sécurité des voies en milieu urbain. Les axes tertiaires, malgré leur entrelacement, reflètent très peu l’équilibre entre les fonctions circulatoires et la vie locale qu’ils devraient apporter. Le manque de pistes cyclables et le caractère désuet des trottoirs témoignent d’une faible fréquentation cycliste et piétonne.

La restructuration d’une section de l’autoroute 50, l’intégration d’une ligne pour le tramway sur le boulevard des Allumettières ainsi que les liaisons piétonnes enjambant le ruisseau de la Brasserie proposées par le projet Affluents sont des options clés pour améliorer la qualité de vie dans le centre-ville de Gatineau.

La composition paysagère du secteur choisi pour le projet Affluents est constituée essentiellement de parcs municipaux, de friches végétales non aménagées, de terrains de sports et de jeux ainsi que des abords du ruisseau de la Brasserie. Néanmoins, ce corridor écologique demeure peu valorisé malgré les pistes cyclables qui y sont aménagées (sentier du ruisseau de la Brasserie). Ses utilisateurs signalent souvent le problème d’insécurité et le manque de connexion physique et visuelle de ce dernier au reste des quartiers du centre-ville.

L’aménagement des abords du ruisseau sur la partie nord, l’élargissement de la zone écologique à la suite de la suppression d’une partie de l’autoroute 50 ainsi que les connexions piétonnes et visuelles créées par les passerelles représentent un enjeu fort pour le centre-ville de Gatineau. Ces options favoriseraient l’accès au ruisseau sur cette partie et pourraient à long terme devenir des leviers pour la mise en place d’une nouvelle ligne aquatique de transport collectif.
Le centre-ville de Gatineau n’a pas échappé à la tendance d’une urbanisation suivant le modèle de secteurs monofonctionnels de faible densité qui caractérise les villes du Québec. Ces secteurs sont déconnectés entre eux et articulés autour des axes routiers. Une telle configuration urbaine ne permet pas des économies d’échelle et favorise l’augmentation des coûts des infrastructures et des services publics.
 
La vision portée par le projet Affluents a comme toile de fond la régénération des territoires existants, stratégie clé de développement durable des villes. La zone industrielle ainsi que les terrains vacants et ceux servant de stationnement se présentent comme des dents creuses porteuses de grand potentiel pour une densification intelligente du centre-ville.

Le site choisi pour Affluents représente un secteur stratégique pour développer un projet urbain durable, en intégrant tout à la fois les critères environnementaux, économiques et socioculturels. Les résultats obtenus témoignent de son grand potentiel à pouvoir assurer à long terme un développement durable et soutenable pour la ville de Gatineau. Une première lecture de la forme urbaine de ce projet nous laisse entrevoir une densité de 58 logements/hectare (la densité moyenne des nouveaux quartiers en périphérie des villes au Québec frôle à peine 25 logements/hectare, toutes typologies confondues).

Ce résultat représente la densité résidentielle brute qui se définit comme le rapport entre le nombre de logements d’un quartier et la superficie totale de ce dernier, en incluant les espaces non résidentiels et publics. À titre d’exemple, le collectif Vivre en Ville propose dans son rapport de révision du schéma d’aménagement et de développement durable de la ville de Gatineau (2013) une densité résidentielle de 40 logements/hectare à l’horizon 2051.

Cette mesure de densification sera accompagnée d’une large offre en services de proximité (commerces, établissements de santé, équipements sportifs et culturels), de mobilité et d’emploi. Affluents n’est pas qu’un projet, mais un écosystème vivant!

22 juin 2022 by

Ayant pris forme en 2022 chez A4 Architecture + Design, le Lab A4 offre une plateforme de discussion et de réflexion au sein d’un département de recherche et développement. Ici, la réflexion porte sur la revalorisation urbaine.

Le centre-ville de Gatineau constitue le premier sujet abordé, puisque le contexte actuel exige que tous les acteurs locaux s’impliquent, soit les citoyens, les commerçants, les politiciens, sans oublier les professionnels comme les architectes et les urbanistes.

Ainsi, Affluents esquisse les premières idées d’une intervention stratégique pour le centre-ville de Gatineau dans une perspective de développement durable du territoire, plaçant le citoyen au cœur de la réflexion. Les terrains choisis pour ce projet ambitieux représentent les pièces manquantes du centre-ville tout en étant porteurs de grand potentiel pour produire une nouvelle urbanité : la Fonderie, le centre Guertin, la zone industrielle entre les axes Montclair et des Allumettières, et les abords non aménagés du ruisseau de la Brasserie.

Cette vision considère les enjeux suivants :

  • La relance économique du centre-ville;
  • L’augmentation de la population (selon les cibles du Programme particulier d’urbanisme (PPU) et plus) et une restructuration urbaine dans le but de favoriser la mixité de la population;
  • La réduction de l’étalement urbain à Gatineau et en Outaouais;
  • L’accroissement et la valorisation des infrastructures en transport actif (piétons, cyclistes, etc.) et en commun (bus et tramway);
  • La revitalisation du site du centre Guertin afin d’accroitre les établissements de services et de loisirs du quartier;
  • La transformation du site de la Fonderie pour la création de la zone d’innovation Connexité;
  • L’implantation du nouvel hôpital de l’Outaouais au centre-ville;
  • L’aménagement des abords du ruisseau de la Brasserie comme point névralgique de rencontre et de loisirs, à l’image d’un poumon vert.

Plusieurs idées sont en convergence avec la vision politique et citoyenne, tandis que d’autres sont novatrices afin d’apporter de nouveaux éléments dans le débat public. Affluents n’est pas une finalité, mais bien un commencement. C’est à travers des réflexions communes (i.e. les échanges et les consultations publiques) que nous construirons la ville de demain et ferons émerger ce nouveau quartier de Gatineau.

Note : Les images présentées avec les descriptions n’ont pas été produites par A4. Elles y sont en tant qu’inspiration afin d’illustrer le potentiel de chaque site.

3 mai 2022 by

Dans l’optique de trouver des solutions pour contrer la crise du logement et un taux d’inoccupation frôlant le 1 %, la Ville de Gatineau a mis sur pied un comité-choc en logement. Ce comité vise principalement le développement de projets de logements abordables, sociaux et communautaires afin de combler un manque criant de ce type d’habitations sur son territoire. Ces actions concrètes pour le développement de tels projets permettront à la communauté de soutenir les familles et les personnes déjà fragilisées par la situation actuelle.

Le 11 avril dernier avait lieu la première rencontre de consultation des membres permanents du comité-choc et de multiples intervenants externes, notamment des organismes sociaux, sans but lucratif et communautaires, des entrepreneurs, des associations de résidents et des concepteurs architecturaux. Devant environ 70 personnes, Mme Sophie Lamothe, architecte associée chez A4, a pris part aux discussions en partageant le mémoire préparé par le Lab A4 pour cette rencontre. En voici donc les grandes lignes.

D’abord, il est essentiel de noter que le besoin d’accélérer la construction de logements pour atténuer la crise actuelle doit s’accompagner d’une facilité à construire tous les types de logements, qu’ils soient abordables, subventionnés ou privés. Il faut ainsi créer rapidement plusieurs habitations, les développer, puis procéder à plusieurs mises en chantier.

Logiquement, ces logements devraient être construits dans les milieux urbains existants et permettraient la densification de quartiers et centres urbains déjà bâtis. La densification est requise afin de limiter et contrôler l’étalement urbain et ainsi réduire les effets des changements climatiques. Pourtant, les statistiques montrent que la densité du territoire de Gatineau est en décroissance, donc que l’étalement augmente. La typologie de bâtiment liée à l’étalement urbain est la maison unifamiliale, tandis que la densification est plutôt reliée aux multilogements (duplex, triplex et bâtiments multilogements). En nous basant sur ces informations, une question émerge et amène diverses pistes de réflexion : Pourquoi la densification est-elle difficile à réaliser à Gatineau?

Nos pistes de réflexion couvrent cinq grands thèmes :

  • Les typologies de logements
  • Le zonage actuel
  • Le syndrome « Pas dans ma cour » ou NIMBY
  • L’innovation
  • L’accompagnement par le Service de l’urbanisme et du développement durable (SUDD)

En premier lieu, il est essentiel d’aborder la typologie des logements. Ce terme réfère à la grandeur, à la forme, au nombre d’étages, au type d’entrée intérieure ou extérieure, aux espaces partagés ou individuels, etc. Ainsi, vivre en centre urbain ne se limite pas à habiter dans une tour ou dans un petit logement. Des habitations de types différents peuvent être conçues afin d’attirer une diversité d’occupants.

Il est de notre avis que les logements urbains apportent autant d’avantages, de confort et de flexibilité que les maisons unifamiliales. Alors pourquoi la maison unifamiliale est-elle encore le modèle le plus convoité? Sans aucun doute, il s’agit d’un manque de choix et de diversité. Un logement en centre urbain peut être tout aussi agréable que s’il était situé en banlieue. Cela dit, la typologie de l’habitation en soi n’est pas le seul facteur déterminant dans la sélection d’une résidence. Les quartiers doivent également être attrayants, offrir des parcs, des pistes cyclables et des trottoirs sécuritaires de même qu’une diversité de commerces et une vie de quartier. Lorsque nous entendons parler des gens qui choisissent de vivre dans un centre urbain à Gatineau, les lieux cités le plus fréquemment sont la rue Principale dans le secteur Aylmer et le nouveau village urbain Agora. Ces deux milieux de vie prouvent que vivre en ville est agréable et qu’une demande existe bel et bien.

Cela nous amène à nous demander pourquoi cette diversité de logements urbains n’existe pas plus à Gatineau. Nous croyons que les raisons principales consistent en la rigidité et le conservatisme du zonage actuel. L’exercice de concordance a peu changé les résultats du zonage, puisque la valorisation de l’innovation ou de la diversité pour les bâtiments n’était pas parmi les objectifs de cet exercice. Le zonage actuel fait en sorte que les logements de même type dans le même genre de bâtiment sont faciles à développer, tandis que les logements uniques, présentant des typologies différentes ou nouvelles ne le sont pas, puisque le parcours est ponctué d’embûches en ce qui a trait aux approbations municipales.

D’une part, la quantité innombrable de restrictions sur les empiètements dans les marges de recul pour les escaliers, les balcons, les cases et les allées de stationnement, ainsi que le nombre minimal de cases de stationnement, les aires d’agrément, les types de matériaux, etc. font en sorte qu’il y a peu de solutions sans dérogations. Il ne faut pas oublier de mentionner qu’une seconde unité d’habitation sur un terrain n’est toujours pas permise et que plusieurs habitations ne peuvent se diviser en deux logements, car le zonage ne permet pas la densification douce dans les quartiers existants. Ainsi, pour faciliter le développement de projets, nous n’avons d’autre option que de nous pencher vers ce qui fonctionne déjà, d’opter pour des solutions souvent simples et ordinaires.

D’autre part, notre zonage conservateur semble refléter ce que la population désire, puisque peu de personnes reçoivent le changement de façon favorable. Le statu quo a la cote, car le changement est régulièrement associé à des pertes de privilèges, à vivre avec des différences ou à devoir s’adapter. Trop souvent, nous sommes témoins du syndrome « Pas dans ma cours » (NIMBY). En effet, maints projets se voient bloqués par des citoyens qui s’opposent au changement, à la progression. Le processus de consultation publique fait alors obligatoirement partie du développement des projets et doit débuter très tôt, en amont de la conception. Cependant, même de bons processus de consultation se butent à la réticence au changement. Par conséquent, si le zonage permettait plus de diversité dès le départ et faisait preuve de plus de souplesse, davantage de projets pourraient être réalisés.

Une partie de la solution provient donc de la flexibilité du zonage et de la mise en valeur de l’innovation. Lorsque l’on parle d’innovation, il ne s’agit pas de dénaturer un quartier, mais plutôt de s’y inscrire de façon harmonieuse avec des solutions innovantes, de mettre en valeur ses caractéristiques, ou d’améliorer la qualité de vie des résidents.

Par conséquent, il faut permettre aux quartiers existants d’être plus denses, sans toutefois les dénaturer. Des solutions innovantes doivent être mises en place pour occuper les lots vacants, limiter les pertes d’espace et maximiser les terrains tout en respectant les hauteurs générales des bâtiments et l’alignement sur la rue. À l’opposé, sur les axes structurants de transport, une densification en hauteur doit être privilégiée, le tout en harmonie avec les bâtiments existants voisins.

Finalement, l’innovation ne vient pas sans défis, puisque celle-ci est accompagnée de subjectivité et d’interprétation. Plusieurs développeurs et concepteurs qui tentent de proposer des concepts innovateurs font face à l’incertitude, puisque l’analyse et le dialogue sont seulement possibles lorsqu’un projet complet est soumis aux analystes du SUDD. Il est difficile de connaître l’opinion de l’analyste en amont d’un projet, de trouver des solutions en équipe, puis de savoir si nos idées suivent une direction adéquate. Ceci fait en sorte que plusieurs personnes ne développent pas de projets innovateurs, préférant plutôt se concentrer sur des projets plus conservateurs et comprenant moins de logements afin de ne pas essuyer de refus.

De surcroît, comme l’analyse du SUDD est réalisée en fin de conception, cela fait en sorte que bien du temps est perdu pour redessiner le concept une fois les commentaires reçus. Cette méthodologie génère d’importants coûts additionnels en plus de rallonger le processus, puis démoralise tant le client que l’équipe de projet. Ce ne sont pourtant pas les idées de développement qui manquent chez les investisseurs! Cela dit, il est commun d’entendre ces personnes dire qu’elles ne tenteront pas leur chance, puisque trop de projets sont impossibles à réaliser à Gatineau.

Nous avons saisi que des changements à l’interne ont déjà été mis en place au SUDD. L’embauche de nouveau personnel fait partie des priorités et est entamée. Nous croyons qu’il serait également pertinent de modifier la culture interne de ce service. Présentement, les concepteurs et développeurs craignent l’étape d’analyse des projets. Pourquoi ne pas plutôt développer des relations de collaboration entre le SUDD, les développeurs et les concepteurs? De nouveaux logements sont construits, car des gens choisissent d’investir et de mener à terme des projets, désirent développer notre ville. Nous devons travailler en équipe et cesser d’alimenter ce sentiment de lutte entre les différentes parties.

Enfin, nous voudrions saluer la mise en place de ce comité-choc qui permet aux différentes parties de s’exprimer, de proposer des solutions et de faire partie du processus de changement.

30 mars 2022 by

Il est largement admis que la construction d’infrastructures majeures a un effet structurant sur les villes et, par conséquent, un impact considérable sur l’environnement. Pourtant, le terrain choisi par le gouvernement du Québec pour accueillir le nouveau centre hospitalier de Gatineau ne semble pas sensible à ces arguments. La médiatisation de cette nouvelle a suscité la stupéfaction du grand public ainsi que des débats houleux sur le sujet. Le Lab A4 souhaite prendre part aux discussions et proposer au sein de celles-ci sa vision stratégique pour le développement du centre-ville de Gatineau.

En effet, tel que publié récemment sur le site web et les réseaux sociaux de la firme (https://a4architecture.ca/projets/affluents), la stratégie urbaine développée par les membres du Lab A4 intitulée Affluents prône la construction du nouveau centre hospitalier au centre-ville de Gatineau. Il s’agit d’une vision se trouvant à l’opposé de ce qui a été décidé par le gouvernement, le terrain choisi pour ce projet étant situé à la périphérie nord de la ville. Ce choix favorisera indéniablement l’étalement au détriment d’un renouvellement urbain des quartiers centraux existants. Le Lab A4 propose dans cet article un aperçu de la planification des lieux destinés à la santé et, par ricochet, des constructions hospitalières à l’ère du développement durable urbain afin de déterminer le meilleur emplacement à retenir pour ce projet.

Nous constatons que les questions liées à la santé font partie des principaux débats de société du 21e siècle. Mais qu’est-ce qu’une planification de la santé ou sanitaire? Il est certain qu’elle n’a pas pour seul objectif les soins! Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), toute planification doit tenir compte des déterminants sociaux, notamment l’exclusion sociale, les transitions démographiques ou encore le logement, mais aussi inclure la politique des transports et l’aspect environnemental. Il en ressort que toute action publique et tout projet d’aménagement ou de construction en faveur de la santé doit être soutenu par une démarche commune et en conjonction avec les réponses à apporter aux besoins des territoires avec les acteurs de la ville. De plus en plus, les acteurs du milieu de la santé s’engagent dans des démarches de co-construction qui promeuvent la prise en compte des parcours de santé (sages-femmes, infirmiers, etc.) et leur cohérence. Ces derniers doivent aussi tenir compte de la fréquence des passages à l’urgence, qui met en évidence l’importance du lien ville/hôpital afin que les patients bénéficient d’une prise en charge rapide et adaptée, accessible géographiquement et financièrement. Il est important de noter que le futur hôpital est destiné à un territoire plus large que celui de la ville de Gatineau et qu’il sera primordial de l’implanter dans une zone adéquatement desservie par les axes territoriaux existants pour favoriser le lien entre l’hôpital et la région administrative de l’Outaouais.


Dans le cas du projet du nouveau centre hospitalier de Gatineau, le lien ville/hôpital s’avère particulièrement complexe. Ce projet, qui se veut un centre hospitalier universitaire (CHU), a pour objectif d’offrir à la population locale différentes prestations de services de soins, mais aussi de la formation, des emplois et lieux de consommation qui généreront des retombées économiques considérables. Ces fonctions ont à leur tour des conséquences avérées en matière d’organisation de l’espace. L’hôpital sera donc un espace polarisé, ce qui renvoie systématiquement à la notion de place centrale et attractive. De ce fait, un tel projet représente un atout de développement local majeur pour la ville de Gatineau et sera un prétexte pour son développement vers le nord.

En effet, le site choisi par le gouvernement pour la construction de ce projet se trouve dans un secteur peu urbanisé. La ville poursuivra ainsi inévitablement son étalement vers le nord, et, par conséquent, sur les terrains agricoles et la réserve écologique du parc de la Gatineau qui lui sont limitrophes. Une étude portant sur le développement des hôpitaux au Québec témoigne pourtant de l’effet de la croissance du réseau hospitalier sur l’étalement urbain et de la dispersion territoriale[1]. L’emplacement proposé par le gouvernement s’aligne davantage sur les exigences d’un hôpital spécialisé tel un hôpital antituberculeux ou pour maladies chroniques généralement construit en périphérie de la ville, contrairement à un centre hospitalier à vocation universitaire.


[1] https://images.cieq.ca/CIEQ_WEB/multimedia/ISBN978-2-921926-42-3.pdf

Sur le plan environnemental, la construction du nouveau centre hospitalier à la périphérie du centre-ville engendrera l’artificialisation de plus 60 000 m2 de sol naturel. De surcroît, ce site se trouvera déconnecté du réseau de transport en commun et du réseau cyclable. Il est clair qu’un projet d’une telle envergure trouve toute sa légitimité sur le site proposé dans la stratégie urbaine Affluents élaborée par le Lab A4. Alors que le site retenu requiert la désaffectation d’un terrain de 56 000 m2 occupé par des activités de construction et de vastes aires de stationnement, l’option proposée par le Lab A4 s’arrime plutôt à la volonté de densifier le centre-ville de Gatineau, soit une avenue plébiscitée par les acteurs de la ville et le plan d’urbanisme en vigueur. Facilement accessible par le réseau routier, le transport en commun et le réseau de circulation douce (qui sera plus dense au terme du projet urbain proposé), la construction de ce projet au centre-ville permettrait de rehausser le statut de la ville de Gatineau au rang d’une ville éco-responsable et engagée dans l’aménagement de territoires animés, durables et favorisant la pérennité.

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